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Histoire à Genève

L’association sikhe Guru Nanak Sabha Geneva a été créée en 2008. Jusqu’à cette date, les sikhs de Genève se réunissaient au Gurdwara (nom donné au lieu de culte sikh) de Langenthal (BE), un édifice religieux de facture traditionnelle inauguré en 2006. Langenthal étant trop éloigné de Genève, il fut décidé de trouver un lieu de réunion dans la cité de Calvin pour les sikhs de la région et de ses alentours. Actuellement, ceux-ci se réunissent dans un local loué à la rue de Lyon.

 Sources :

Bachittar Singh Ughra, responsable administratif de la communauté et membre fondateur

Pour en savoir plus sur le gurdwara de Langenthal : http://www.religionenschweiz.ch/bauten/fr/f-gurdwara.html .

Activités

La communauté compte 150 personnes environ (chiffre communiqué par le groupe), Suisses, Indiens, Pakistanais et Afghans, habitant essentiellement la Suisse romande. Les sikhs de Genève sont peu visibles car beaucoup choisissent, pour faciliter leur vie sociale et professionnelle, de ne pas porter le turban couvrant traditionnellement la tête des hommes, et de se couper les cheveux.

La communauté se retrouve une fois par mois pour célébrer les fêtes religieuses, qui commémorent, entre autres, des événements de la vie des dix guru. Habituellement, les sikhs se rassemblent une fois par semaine pour réciter des chants, des prières, et écouter des lectures du livre saint, mais à Genève le lieu que fréquente la communauté ne peut les accueillir si souvent.  Le Guru Nanak Sabha Geneva est donc en recherche d’un nouveau lieu de culte.

 

Le sikhisme

Les sikhs font remonter leur origine à la prédication de Nânak, un mystique ayant vécu au Penjab, en Inde, de 1469 à 1539. Nânak développa la doctrine des sant, des maîtres spirituels qui prêchèrent dans le Nord et l’Ouest de l’Inde entre le 13e et le 17e siècle. Influencés tant par le soufisme que par des traditions hindoues (la bhakti et le Nâth yoga), les sant prônaient la dévotion à une divinité particulière du panthéon (notamment par la récitation de son nom) ainsi que la dévotion au maître spirituel pour atteindre la libération.

A l’époque de Nânak, les sant du  Penjab  avaient la particularité d’enseigner la dévotion à un Dieu suprême, impersonnel, n’intervenant pas dans les affaires du monde (nirguṇa bhakti). C’est dans leur sillage que Nânak enseigna la foi en un Dieu unique, révélé par sa création, tout-puissant, éternel, omniprésent, sans forme, sans attribut, inconnaissable et ineffable et auquel l’être humain devait s’en remettre pour être délivré du cycle des renaissances. Pour cela, il préconisait de se remémorer et de répéter le nom divin avec amour et de chanter des hymnes en communauté.

Historiquement, on sait que Nânak appartenait à la caste commerçante des khatrî. Après ce que les hagiographes décrivent comme une illumination, il fonda le village de Katârpur et commença à prêcher, rassemblant autour de lui un groupe de disciples (« sikhs » en penjabi) qui formait le Nânak Panth, la « voie de Nânak ». La région, gouvernée depuis le 11e siècle par différentes dynasties musulmanes, est alors peuplée d’hindous et de musulmans et il est probable que dans un premier temps, les disciples de Nânak continuent de fréquenter temples hindous et mosquées.

Nânak désigna pour lui succéder un hindou qui était devenu son disciple et qu’il nomma Angad. Il est, dans la terminologie sikhe, le deuxième « guru », c’est-à-dire le deuxième chef du Panth. Le troisième guru, Amar Dâs (1479-1574), organisa la communauté sur le territoire où elle s’étendait peu à peu et la dota d’un recueil de poèmes écrits par Nanâk, Angad et lui-même, ainsi que par des sant et des soufis. C’est au cinquième guru, Arjan (1563-1606), que les sikhs doivent la construction du Temple d’or d’Amritsar sur le « bassin d’immortalité » (c’est le sens d’amrit-sar) qu’avait fait creuser son père, guru avant lui. Il agrandit le recueil de poèmes formé par Amar Dâs,  ajoutant ses propres compositions à celles de ses prédécesseurs, et compila en 1604 la première version du livre saint des sikhs, l’Adi Granth, le « livre premier ». Arjan fut assassiné par un empereur moghol, entrainant la communauté sikhe dans une longue période d’affrontement avec le pouvoir impérial. Des querelles de succession parmi les guru vinrent s’ajouter à la menace moghole et fragilisèrent le Panth durant tout le 17e siècle.

C’est dans ce contexte conflictuel que le dernier et dixième guru, Gobind (1666-1708), créa une nouvelle fraternité nommée « khâlsâ » (littéralement la communauté des « purs »), dans un geste destiné à renforcer l’identité sikhe et le sentiment d’appartenance à la communauté. La tradition sikhe raconte que lors d’un rassemblement pour la fête du nouvel an (baisâkhi), le guru demanda à ses disciples lequel d’entre eux était prêt à mourir pour lui. Un homme s’approcha et Gobind le conduisit sous une tente d’où le guru ressortit l’épée maculée de sang. Il réitéra sa question à quatre reprises et fit de même avec les quatre autres sikhs ayant accepté de se sacrifier. Quand il ouvrit la tente, l’assemblée découvrit les cinq volontaires vivants. Ils furent désignés par le guru comme les « cinq aimés » (Panj piâre) et furent les premiers à recevoir le rituel marquant l’entrée dans la nouvelle fraternité : quelques gouttes d’un « nectar d’immortalité » (amrit) déposé sur le visage du disciple et dans ses mains. Gobind institua un nouveau code de discipline et imposa aux sikhs des signes distinctifs (voir ci-dessous), l’adjonction du mot Singh (« lion ») au nom des hommes et Kaur (« princesse ») à celui des femmes.

Ses quatre fils étant décédés dans des affrontements avec les Moghols, Gobind déclara qu’après lui, la communauté aurait désormais pour seul guru le livre saint, l’Adi Granth, appelé de façon révérencieuse le Guru Granth Sâhib.

Après la mort de Gobind, les sikhs continuèrent se révolter contre le pouvoir moghol et fondèrent en 1799, au Penjab, un royaume sikh qui se maintint jusqu’à la conquête britannique (1849).

La religiosité sikhe

Selon la tradition sikhe Guru Nanak commença son enseignement par cette phrase : « il n’y a ni hindou, ni musulman ». Il insista sur l’unicité de Dieu, sa transcendance et la méditation sur le Nom divin. Le Sikh Rahit Maryâdâ, ouvrage publié en 1950 et régissant la vie religieuse des sikhs, rappelle également la nécessité de méditer sur les textes du livre saint, le Guru Granth Sâhib, de vivre en conformité avec l’enseignement des dix guru et de se tenir au service d’autrui.

On intègre la communauté sikhe (le khalsa) par initiation dès l’âge de 10 ans. Cette initiation est appelée amrit et consiste en une aspersion du fidèle avec une eau sucrée dont ce dernier devra également boire une gorgée. Le code sikh lui est ensuite exposé. Ses interdits les plus importants sont : se couper la barbe et les cheveux, manger de la viande abattue selon le rite halal, avoir des relations sexuelles avec une autre personne que son conjoint, consommer des drogues (dont l’alcool et le tabac).

Après l’initiation, donnée aux hommes comme aux femmes, les hommes portent cinq signes d’appartenance à la communauté :  la barbe, la moustache et les cheveux non coupés, rassemblés sous le turban (keshi) ;  un peigne (kangha) porté dans les cheveux, symbole de propreté et de netteté ;  un sous-vêtement (Kacchera) semblable à un short qui symbolise la décence et la chasteté  ; un bracelet (kara) de métal, matérialisant la retenue dans les actes ; et  un petit couteau (kirpan), porté en bandoulière, que les sikhs voient comme un symbole de la volonté de Dieu, de la défense de la communauté et de la dignité de cette dernière.

La devise sikhe est « accompli ton travail, partages-en le fruit, médite sur le Nom ».

La vie d’un-e sikh-e est marquée par quatre grands rituels : celui qui, après la naissance, entérine le choix d’un nom, l’initiation dans le khalsa, le mariage et la crémation. Au quotidien, un sikh pieux fait au minimum 3 prières par jour, suivant le nitnem (le recueil des prières quotidiennes). Le livre saint des sikhs, le Guru Granth Sahib, qui fait autorité au sein de la communauté depuis la mort du 10e guru, est vénéré dans les gurdwaras, les lieux de culte sikhs. Il est constitué de poèmes rédigés par les différents guru, des soufis musulmans autres mystqiues. Ces poèmes sont chantés lors des réunions religieuses sous la conduite de râgî, des chanteurs professionnels qui s’accompagnent à l’harmonium et aux tablas, et officient aux côtés du granthî, un homme ou une femme qui connaît bien les écritures et qui est chargé de les lire au culte.

 Indications bibliographiques :

DELAHOUTRE, Michel, « Les sikhs », dans : LENOIR, Frédéric, TARDAN-MASQUELIER, Ysé, Encyclopédie des religions, Bayard éditions, 2000.

GREWAL, J. S., The Sikhs of the Punjab, The new Cambridge history of India, Cambridge Univ. Press, 1991.

MATRINGE, Denis, Les sikhs, Histoire et tradition des « Lions du Panjab », Albin Michel, 2008.

NIKKY-GUNINDER Kaur Singh, Sikhism, an introduction, I.B. tauris, 2011.