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Lieu de culte

Les fouilles archéologiques du site de Saint-Pierre, au cœur de la vieille ville, ont mis au jour l’existence d’une cathédrale et d’un ensemble de bâtiments dédiés à l’administration d’un diocèse dès le dernier quart du 4e siècle – période d’institutionnalisation de la religion chrétienne dans l’Empire romain suite à l’Edit de Constantin en 313. Ce complexe connaît un grand nombre de transformations et de rénovations jusqu’au 12e siècle au gré des troubles politiques  mais aussi de l’évolution des goûts et des techniques de construction.

Au 12e siècle, les évêques du Saint-Empire romain germanique, dont fait partie Genève depuis 1032, voient leur pouvoir renforcé par l’empereur qui cherche à lutter contre l’ambition des seigneurs féodaux. A Genève, Arducius de Faucigny devient ainsi le premier prince-évêque de la nouvelle « principauté épiscopale » et lance la construction d’une nouvelle cathédrale sur le site, en lieu et place des anciens bâtiments. C’est le début de l’édifice actuel. Sa construction s’étendra sur un siècle environ, de 1150 à 1250. Les guerres, les incendies et les diverses restaurations et reconstructions de la façade ne permettent guère de percevoir l’aspect d’origine du monument, considérablement transformé par l’adjonction de la chapelle des Macchabées au 15e siècle, de la tour du midi au 16e siècle, du porche néo-classique au 18e siècle, ainsi que par la reconstruction de la tour nord et la mise en place de la flèche en cuivre fin 19e. Cette histoire architecturale donne à l’édifice un style composite empruntant à la fois à l’art roman, gothique et néo-classique. L’intérieur a moins changé, du moins sur le plan structurel, puisque la Réforme a conduit à faire disparaître les aménagements liturgiques, les images des saints, les tentures et tout symbole du faste catholique contre lequel s’étaient élevés les Réformateurs. Le 10 août 1535, en effet, après que le Conseil de la République ait suspendu la messe, la foule se précipita dans la cathédrale, désormais temple (c’est malgré tout le terme de cathédrale qui est resté), pour la dépouiller de ses oripeaux catholiques.

Chose exceptionnelle dans un canton aussi attaché à la laïcité – mais significative d’un rayonnement dépassant le domaine religieux – la cathédrale Saint-Pierre accueille la prestation de serment des membres du gouvernement du canton. Ces quelques lignes du pasteur Alexandre Guillot, auteur d’une notice historique réalisée en 1891 à l’occasion de la restauration de l’édifice témoignent de son importance pour les Genevois, au-delà de son aspect cultuel :

« Il y a des monuments dont le seul nom évoque tout le génie d’une nation, toute une période de l’histoire, tout le développement graduel et séculaire d’une idée au sein de l’humanité. Tel, pour le peuple d’Israël, le temple de Jérusalem, symbole et palladium de sa nationalité. Tel, pour la civilisation moresque, le merveilleux palais de l’Alhambra. Telle, pour la moderne Angleterre, cette grandiose abbaye de Westminster qui résume et concentre sous ses arceaux gothiques les plus pures gloires du pays. Telle, pour le catholicisme romain, l’église Saint-Pierre à Rome, type parfait de l’édifice consacré au culte cérémoniel et artistique auquel préside la papauté. Telle, enfin, dans des proportions et avec une apparence plus modestes, la cathédrale de Genève, inséparable pour tout esprit cultivé des grands noms de Calvin, de Réforme, de Rome protestante ; et pour tout Genevois, des meilleurs souvenirs de la Patrie. »

Sources

BAUD, Henri (dir.), Le diocèse de Genève-Annecy, Beauchesne, 1985.

BRULHART, Armand, DEUBER-PAULI, Erica, Arts et monuments, Ville et canton de Genève, Publié par la Société d’Histoire de l’Art en Suisse, Ed. Benteli, 1985.

DEUBER, Gérard, La cathédrale Saint-Pierre de Genève, Guides des monuments suisses SHAS, Société d’histoire de l’art suisse, 2002.

Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, publication de l’Association pour la restauration de Saint-Pierre, Genève 1891, réédité en 1982.

Activités

Environ 1000 foyers protestants sont recensés dans la vieille ville. Mais les paroissiens qui se rassemblent pour le culte ou qui suivent régulièrement les activités proposées par la paroisse Saint-Pierre viennent de tout le canton. La cathédrale attire un public sensible à la beauté de l’édifice, à l’histoire ou à l’anonymat que garantit ce lieu. Actuellement entre 100 et 150 fidèles s’y réunissent chaque dimanche pour le culte dominical où la prédication tient un rôle central, conformément à la tradition réformée. L’auditoire est composé  d’habitués et de visiteurs de passage.

En plus des activités paroissiales traditionnelles (cultes, catéchèse pour les enfants, moments de prière), les pasteurs animent le « forum Saint-Pierre », créé en 2005 pour nourrir la vie communautaire autrement que par les cultes. Des films et des cafés théologiques y sont organisés régulièrement.

La Réforme

En 1517, un moine allemand nommé Martin Luther s’élève contre les indulgences (le pardon des pêchés sous certaines conditions – à cette époque, fréquemment contre une somme d’argent) dont l’Eglise catholique fait commerce pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome. Ses propos, exposés dans ses 95 Thèses, ont un retentissement considérable. Dénoncé à Rome, Luther est sommé de s’expliquer devant le chapitre de son ordre puis inculpé d’hérésie. Au cœur de la controverse et pour se défendre, il est amené à publier d’autres thèses dans lesquelles il développe un vrai programme réformateur. Il affirme que ni le pape ni les conciles ne sont infaillibles et qu’il n’y a d’autre autorité que l’Ecriture, laquelle est immédiatement accessible au croyant sans nul besoin d’intermédiaire. Il ajoute qu’en vertu du baptême tous les chrétiens sont prêtres et devraient pouvoir concourir à la réunion d’un concile…  Il est excommunié en 1521. Des princes allemands prennent son parti et l’empereur Charles Quint leur accorde en 1526 le droit, à titre provisoire, d’adhérer à la Réforme. En 1529, il annule ce droit, ce qui provoque la protestation des princes. Ils seront dès lors appelés « protestants », et à leur suite, tous les partisans de la Réforme seront désignés par ce terme. Celle-ci se diffusa dans toute l’Europe, portée par d’autres théologiens dont Ulrich Zwingli à Zurich et Jean Calvin à Genève.

A Genève

Au milieu du 15e siècle, Genève est une principauté épiscopale du Saint-Empire romain germanique. Point stratégique dans l’axe commercial nord-sud, elle est à cette époque à l’apogée de son expansion économique médiévale, possédant les foires les plus importantes d’Europe. C’est parmi les négociants genevois que commencent à se propager les idées de la Réforme, colportées par des marchands allemands, vers 1525. Mais ce n’est qu’avec l’arrivée du Français Guillaume Farel (1489-1565), propagateur de la Réforme en Suisse romande et des idées d’Ulrich Zwingli, que s’élargit le cercle des protestants genevois au début des années 1530, touchant la majeure partie de la classe dirigeante. Sur fond de tensions politiques avec la Savoie, catholique, qui tente de conquérir Genève, la messe est suspendue en 1535 et la Réforme officiellement adoptée le 21 mai 1536. La principauté épiscopale devient république protestante. Les catholiques fuient ou se cachent. A quelques exceptions près, ils ne pourront légalement plus habiter la cité jusqu’en 1798, date de l’annexion de Genève à la France. Seul l’ambassadeur de France bénéficiera d’une chapelle catholique édifiée dans son hôtel particulier de la veille ville (actuellement fréquenté par la Société de Lecture). En 1541, la jeune république fait venir Calvin pour organiser la nouvelle religion. Par son rayonnement, son rôle de refuge pour les protestants persécutés, par son Académie qui forma des pasteurs en provenance de toute l’Europe, Genève gagna le surnom de « Rome protestante ». 

A l’occasion du 400e anniversaire de la naissance de Calvin, des protestants de Suisse et d’Europe ont érigé en 1909 le Mur des Réformateurs, une sculpture en hommage à quatre prédicateurs de la Réforme: Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox.

La religiosité réformée

Les cinq solae  (sola scriptura – par l’Ecriture seule -, sola fide – par la foi seule -, sola gratia – par la grâce seule, solus Christus – par le Christ seul – et soli Deo gloria – à Dieu seul est rendu gloire) sont les cinq principes communs à tous les protestants. Ceux-ci se retrouvent également dans la reconnaissance de deux sacrements – les seuls mentionnés dans la Bible (sola sriptura oblige) : le baptême et la cène (à la différence des catholiques et des orthodoxes qui en reconnaissent sept).

Les Eglises réformées, dont l’Eglise protestante de Genève (EPG) fait partie, sont issues de la Réforme d’Ulrich Zwingli et Jean Calvin (mais aussi Guillaume Farel, Pierre Viret et John Knox). Elles se caractérisent par un culte dépouillé centré sur la prédication du pasteur, l’insistance sur la toute-puissance de Dieu, seul responsable du salut de l’homme, la place accordée à la sanctification (œuvrer selon la volonté de Dieu et pour sa gloire) et leur conception de la cène (elles suivent la conception de Calvin selon lequel  la présence du Christ dans le pain et le vin est spirituelle et non réelle comme le professa Luther, et à sa suite, les Eglises luthériennes). A part sur ce point, églises réformées et luthériennes sont très proches sur le plan théologique. Elles découlent toutes deux directement de la Réforme du 16e siècle.

Calvin inspira le mode d’organisation, « presbytéro-synodal », commun à la plupart des Eglises réformées (dites d’ailleurs « presbytériennes » dans les pays anglo-saxons) : la gestion des communautés locales est assurée par un conseil (conseil presbytéral ou conseil des anciens équivalant aujourd’hui aux conseils de paroisses), celle des communautés supra-locales est assurée par le synode. Ces assemblées sont  composées de laïcs et de pasteurs démocratiquement élus. Ce système est caractéristique de l’esprit de la Réforme qui rejette le principe hiérarchique sur lequel est basée l’Eglise romaine au motif de l’égalité de tous les croyants devant Dieu.

Les Eglises réformées sont présentes sur les cinq continents. C’est en Suisse, aux Pays-Bas, en Ecosse, en France, en Hongrie, et aux Etats-Unis qu’elles sont le plus anciennement implantées. Elles ont ensuite essaimé dans le monde par le biais des missions. Elles connurent différentes divisions et il existe actuellement au sein des Eglises réformées une palette de sensibilités théologiques allant des tendances évangéliques aux tendances libérales. Elles sont regroupées pour la plupart au sein de la Communion mondiale des Eglises réformées dont le siège se trouve au Conseil œcuménique des Eglises à Genève.

Indications bibliographiques 

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