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Histoire à Genève

Le groupe Kosetsu-ji Genève (anciennement Suimei Shoja) a été créé en 2005 par la révérende Jiko Simone  Wolf, disciple de Taisen Deshimaru, maître bouddhiste zen japonais, qui diffusa l’école zen sôtô en Europe dans les années 1970. Dès 1977, Jiko Simone Wolf suit l’enseignement de ce dernier au temple de La Gendronnière près de Paris et devient nonne. A la mort du maître en 1982, elle s’établit à La Chaux-de-Fonds d’où elle est originaire. Avec un groupe de personnes intéressées par le bouddhisme zen, elle fonde un dōjō (lieu destiné à la méditation zazen) qui deviendra dans les années 1990 le Centre Zen de La Chaux-de-Fonds.  A la même époque, des personnes habitant Neuchâtel manifestent un intérêt pour ses enseignements. C’est ainsi que se forme le Groupe de Zazen de Neuchâtel. C’est de cette façon également que s’est constitué le Kosetsu-ji Genève. En 2009, Jiko Simone Wolf ouvre le temple Ryokuinzan Kosetsu-ji, dans une maison de campagne située près de La Chaux-de-Fonds et auquel tous ces groupes sont affiliés. Elle y vit avec trois autres nonnes.

Sources :

Jiko Simone Wolf

À voir : Émission C’est la jungle du 17 avril 2013 consacrée au temple Kosetsu-ji de La Chaux-de-Fonds  et  Jiko Simone Wolf.

Lieu de culte

Les membres du groupe Kosetsu-ji Genève (anciennement Suimei Shoja) ont loué, dans un premier temps, un atelier d’artiste à la Praille. Ils l’ont quitté en 2010 pour des raisons financières et louent depuis le cabinet d’une musicothérapeute dans le quartier de Plainpalais. Ils s’y réunissent le mardi soir et le mercredi matin pour les temps de méditation en groupe.

Activités

A Genève, la communauté comporte une vingtaine de personnes. Ceux-ci se réunissent une à deux fois par semaine pour la pratique du zazen, encadrée par Jiko Simone Wolf. Cette-dernière a reçu la transmission du Dharma du Révérend Yuko Okamoto Roshi, chef du Temple de Teishoji (dans la préfecture de Nagano au Japon). Elle est depuis 2009 l’abbesse du temple Ryokuinzan Kosetsu-ji (littéralement « sous la montagne verte, neige lumineuse ») situé près de la Chaux-de-Fonds et auquel la communauté de Genève est affiliée. Ses membres les plus investis s’y rendent le week-end pour prendre part à des sesshin, des retraites consacrées à la pratique intensive du zazen.

Le temple, et les groupes qui y sont affiliés (Fribourg, La Chaux-de-Fonds et Genève), sont membres de l’Association zen internationale et sont partie intégrante de la Sōtōshu, l’école zen sôtô dont le siège est au Japon.

Le bouddisme zen

Le zen est la forme japonaise du chan, un courant du bouddhisme mahāyāna apparu en Chine au cours du 7e siècle qui met l’accent sur un accès à l’éveil intuitif et immédiat (en réaction aux approches perçues comme trop rituelles ou trop intellectuelles). Les fondements du chan reposent sur l’idée que la « nature de bouddha » (la capacité à accéder à l’éveil) est présente en chaque être, à l’état embryonnaire. L’éveil peut donc être atteint par un retour à un état de pure conscience. Cela est possible par la pratique du zuochan (qui deviendra en japonais zazen), la méditation assise qui ne se fixe sur aucun objet, qui se veut au-delà de toute pensée.

Introduit au Japon par des moines japonais ayant étudié en Chine ou ayant été en contact avec de maîtres chinois dans leur pays, le chan est intégré aux enseignements d’écoles japonaises telles que le tendai dès le 8e siècle, avant de s’affirmer en école indépendante au 13e siècle. Cette formalisation conduit à l’apparition de deux courants pérennes au sein du zen : le rinzai et le sōtō (auxquels il faudrait ajouter ōbaku, plus tardif et beaucoup moins répandu).

Le rinzai se distingue par la valorisation de l’activité manuelle et des kōan, des questions synthétiques et paradoxales posées par un maître et que le disciple doit résoudre pendant la méditation zazen ou le travail manuel. « Quel est le son d’une seule main qui applaudit ? » est un exemple célèbre de kōan.  Impossible à élucider par la pensée rationnelle, ces questions supposent une réponse intuitive, laquelle prouve que l’élève a atteint la compréhension profonde de la réalité. L’école sôtô abandonna les kōan au 17e siècle, et avec eux, l’idée du satori (l’éveil subit), pour se concentrer sur la pratique du zazen que son fondateur, Dōgen, appelait le « juste s’asseoir ».

Au 20e siècle, des  maîtres japonais favorisèrent le développement du sōtō-zen au Etats-Unis et en Europe en y implantant des centres de méditation. Ils y sont désormais nombreux. Taisen Deshimaru, dont la fondatrice du groupe genevois Suimei shoja a été la disciple, est un maître important pour la diffusion du zen en  Europe.

L’école sōtō est la plus importante école zen au Japon. Ses deux temples principaux (ses honzan, c’est-à-dire ses monastères-sièges) sont le Eiheiji (dans la préfecture de  Fukui) et le Sojiji (à Yokohama).

La religiosité zen-sôtô

La doctrine zen insiste sur la possibilité de saisir de façon intuitive la véritable essence des choses. La méditation zazen et l’enseignement de maître à disciple sont les voies d’accès privilégiées pour y parvenir. L’une des caractéristiques du zen est de préférer la transmission « de cœur à cœur », ou « transmission silencieuse », à l’étude des écritures car la réalité fondamentale est indescriptible et inconcevable rationnellement.

Dans cet esprit, la calligraphie et la peinture furent perçues comme des moyens efficaces pour assister la méditation, guider vers l’illumination et enseigner l’indicible. Pratiquées dans les monastères depuis le 16e siècle, ces arts regroupés sous le nom de zenga expriment avec simplicité et intensité la vie intérieure des moines zen. L’ « ensō », le cercle, est l’une des figures qui revient le plus souvent. Il représente la quintessence de l’enseignement du bouddhisme zen : « la forme n’est que vide et le vide n’est que forme » (sūtra du cœur). En d’autres termes, il n’y a pas de dualisme entre vide et matière ou être et non-être, ils ne font qu’un. Telle est la véritable nature des choses. De cette prise de conscience résulte la fin du conflit opposant esprit et réalité, individu et cosmos, vie et mort. Cette intuition conduit à fusionner avec l’absolu et du même coup à atteindre l’éveil.

Le zazen est une méditation qui ne se fixe sur aucun objet, qui vise garder l’esprit vide. Elle n’est pas censée favoriser l’éveil mais plonger le pratiquant dans la conscience qui coïncide avec l’éveil. L’état d’éveil (la « nature de bouddha ») étant présent en chacun, il doit se manifester spontanément. Dans le zen sōtō, le zazen se pratique face à un mur pour favoriser le retour sur soi.

Le zen a profondément influencé les arts et la culture au Japon : la poésie, la céramique, l’art des jardins, le théâtre nô, la cérémonie du thé, les arts martiaux sont marqués de son empreinte.

L’accent mis sur la méditation ne doit pas laisser croire à une absence de toute autre pratique religieuse. La récitation de sūtras (notamment le sūtra du cœur et le sūtra du diamant), de formules de refuge, de prières, la confession des fautes, les louanges aux bouddhas constituent le quotidien des moines vivant dans des monastères au Japon.

 Indications bibliographiques :

CORNU, Philippe (dir), Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Editions du Seuil, 2001.

MAGNIN, Paul, Bouddhisme, unité et diversité, Editions du Cerf, 2003.

BOWRING, Richard, The religious traditions of Japan, 500-1600, Cambridge University Press, 2005.

CELLI, Nicoletta, Le Bouddhisme, Hazan, Guide des Arts, 2006.

KASAMARA, Kazuo (ed), A History of Japanese Religion, Kosei Publishing, 2001.

ELLWOOD, Robert, Introducing Japanese Religion, Routledge, 2008.

MATSUNAGA, Alicia and Daigan, Foundation of Japanese Buddhism, 2 vol., Buddhist Books International, 1993 (5th edition).