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Histoire à Genève

Une communauté tamoule hindoue se forme à Genève dans les années 1990. Dès 1994, des réunions occasionnelles ont lieu au Centre universitaire catholique, Rue de Candolle 30, et à la paroisse catholique Sainte-Clotilde dans le quartier de la Jonction. Le groupe inaugure son premier lieu de culte en 1996 dans un local situé dans la zone industrielle de Vernier. Elle formalise par la même occasion son existence en se constituant en association et prend le nom d’ « Association du temple hindou de Genève ». Désormais forte d’un lieu de culte, elle sollicite les services d’un prêtre hindou basé à Lausanne et l’engage à temps partiel.

Dès 2007, la pérennité du temple est menacée. La régie augmente considérablement le loyer, ce que l’association hindoue conteste ; elle obtient gain de cause. Le bailleur leur reproche ensuite de gêner le voisinage et résilie le bail pour cette raison. L’Association du temple hindou de Genève fait alors recours auprès du Tribunal cantonal, et obtient à nouveau gain de cause. A son tour, le bailleur lance un recours auprès du Tribunal fédéral qui lui donne raison en 2011. Pendant toute la durée de la procédure, la communauté multiplie les démarches pour trouver un nouveau lieu de culte, sans succès : la vocation culturelle et religieuse de leurs réunions effraie les bailleurs et les régies. Fin 2012, à quelques semaines du délai définitif pour quitter le local de Vernier, l’association obtient de s’installer dans les anciens locaux d’une station de radio du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) à Versoix. Après quelques travaux de rénovation et d’adaptation, le nouveau temple est inauguré en juillet 2013. L’endroit est trop petit pour accueillir tous les membres de la communauté lors des grandes fêtes mais leur permet d’avoir enfin un lieu où pratiquer leur religion.

En Suisse, la majorité des hindous sont des Tamouls originaires du Sri-Lanka. Beaucoup ont fui le conflit cinghalais-tamoul et sont arrivés dans les années 1980 comme réfugiés politiques. Une vingtaine de temples ont été établis depuis dans différentes villes suisses par des communautés formées localement. La plupart de ces temples sont des locaux loués dans les quartiers industriels des grandes villes suisses. En mars 2013, un temple hindou traditionnel a été inauguré à Trimbach, dans le canton de Soleure.

 Sources :

Membres de la communauté.

BAUMANN, Martin, « Templeisation : Continuity and Change in Hindu Traditions in Diaspora » in Journal of Religion in Europe, 2/2, 2009, pp. 149-179

BAUMANN, Martin, « Yoga, Krishna, Hindu-Tempel. Hinduismus in der Schweiz », in : Internationales Asienforum, 36, 2005.

DUPRAZ, Alain, « Dieu-éléphant des hindouistes, Ganesh a son temple à Vernier » in Tribune de Genève, 15 août 1996

« Diaspora sri lankaise en Suisse », Berne, Office fédéral des migrations, 2007. Rapport du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population

Lieu de culte

Le nouveau temple de la communauté hindoue de Genève a l’apparence d’une petite maison des années 1960. De plain-pied, entourée d’un joli jardin, elle est située dans la campagne de Versoix. Elle a servi de station de radio au Comité International de la Croix-Rouge (CICR) avant d’être reconvertie en temple hindou. L’édifice est désormais placé sous la protection de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, dont le nom divin, Arputha Vinayagar, a été donné au temple.

 

 

Activités

Un millier de personnes environ (chiffre communiqué par la communauté) fréquentent régulièrement le temple et une centaine participent au financement du loyer tous les mois. La plupart sont des Tamouls du Sri-Lanka, mais la Geneva Arputha Vinayagar Temple compte aussi des personnes originaires d’Inde, de Malaisie, de Singapour, de l’Ile Maurice et quelques Thaïlandais.

Trois fois par semaine, des puja (rituels de dévotion aux divinités) sont organisés au temple où les fidèles affluent en grand nombre lors des fêtes religieuses.

L’hindouisme

Historiquement, le mot hindouisme se réfère à l’avant-dernière phase du développement des religions en Inde. En effet, on distingue généralement quatre phases historiques : le védisme, le brahmanisme, l’hindouisme et le néo-hindouisme. La tripartition védisme-brahmanisme-hindouisme est cependant sujette à débats. Le passage d’une période à l’autre n’est en effet ni totalement linéaire ni exclusif. Les datations de ces périodes varient selon les ouvrages. L’hindouisme actuel intègre les différentes traditions antérieures (védisme et brahmanisme).

Le védisme s’appuie sur les Vedas, recueils de textes rituels et religieux (hymnes, louanges, chants et formules sacrificielles), dont les plus anciens ont peut-être été composés aux alentours du 14e siècle avant notre ère (ils sont toujours récités et transmis par les brahmanes aujourd’hui). La société védique est essentiellement ritualiste. C’est par le sacrifice (offrandes faites au feu) que l’homme maintient la cohésion et l’unité du monde. Dès cette époque, de nombreux dieux correspondant à des fonctions et des types d’activités humaines sont vénérés. La période védique s’étend environ du 14e au 6e  siècle avant notre ère.

Le brahmanisme naît au cœur de la culture religieuse védique et, sans la remettre en question, insuffle néanmoins une direction nouvelle à partir du 6e  siècle, jusqu’au début de notre ère. Les premières Upanishads voient le jour et complètent les Vedas, pour former (avec les Brāhmana qui les commentent et les Âranyaka)  un ensemble des textes considérés comme « entendus, révélés » (la śruti) aux sages anciens. D’autres textes importants apparaissent alors : les Épopées (le Mahābhārata et le Rāmāyana) et les Puranas (récits mythologiques antiques). Le brahmanisme met l’accent sur le système hiérarchique de classes instauré par les brahmanes, les membres de la caste la plus élevée. Les brahmanes sont considérés comme les plus proches de cet absolu qu’est le brahman. Ils sont de ce fait les tenants du pouvoir religieux. Voués à être les gardiens des Veda, ils jouissent d’un grand prestige spirituel. Le but de la pratique religieuse est désormais de délivrer l’être humain du cycle des renaissances et ce, par l’union avec le brahman, principe neutre et puissance religieuse qui en vint à désigner la source de l’univers, l’ « absolu ». Cette recherche favorise une intériorisation des comportements religieux ainsi que le développement d’ordres d’ascètes (les « renonçants » – samnyasin ou sadhu) et de yogis. Le brahman est pensé comme étant à l’origine de toute chose et de tout être vivant, y compris de la multitude des divinités. Les dieux Vishnou et Shiva prennent en parallèle une place de premier ordre et amorcent l’apparition de la triade classique Brahma (créateur)-Vishnou (conservateur)-Shiva (destructeur).

On entend par hindouisme la période qui, à partir du début de notre ère, reprend les bases religieuses antérieures tout en donnant une importance prééminente à une divinité d’élection (soit Shiva, soit Vishnou, soit la Mère divine) à laquelle le dévot consacre un culte spécifique et qui devient sa principale représentation de l’absolu. Cette dévotion donnera naissance à divers courants religieux.

Enfin, on désigne sous le nom de néo-hindouisme différents mouvements religieux hindous apparus dans l’Inde coloniale des 19e  et 20e  siècles, qui proposèrent une réinterprétation de la tradition hindoue en réponse aux défis posés par la colonisation et l’influence culturelle européenne.

 

La religiosité hindoue

Le terme « hindouisme » servait à l’origine aux Britanniques à désigner la religion des individus Indiens non chrétiens et non musulmans[1]. Hindu est par ailleurs un mot persan qui fut employé par les voyageurs pénétrant en Inde depuis l’Ouest pour qualifier les habitants du bassin de l’Indus, le grand fleuve qui coule dans la région Nord-Ouest du sous-continent : Ni « hindou », ni « hindouisme » ne sont des auto-désignations. Ces termes recouvrent en réalité une grande diversité de croyances, de pratiques et d’organisations. Ce que l’on appelle « hindouisme » comprend aussi bien des courants (sampradaya  en sanskrit) philosophiques (réflexion sur l’Absolu et les voies de salut), des courants de méditation, des courants consacrés à l’interprétation des rites, des courants dévotionnels, des courants ascétiques, des courants alchimiques, des traditions familiales… Au sein de cette diversité, on peut toutefois relever certaines croyances communes :

  • la croyance dans le samsara (doctrine de la transmigration ou succession des renaissances)
  • la croyance dans le phénomène du karma (la rétribution des actes, la racine kr signifie « faire ») : chaque action, y compris mentale, entraîne des conséquences qui se répercutent et murissent dans les vies ultérieures.
  • le varnashramadharma : les devoirs sociaux et religieux (dharma), différenciés selon la caste, l’âge et le sexe.

Le but de la pratique religieuse est la « libération » du cycle des renaissances. La plupart des systèmes religieux et philosophiques incluent dans leur voie de salut une méthode pour faire cesser ou neutraliser la production de karma (méditation pour faire cesser les activités corporelles et mentales, absorption dans la contemplation du divin ou l’amour du divin, exercices visant à réaliser que le Soi éternel est indépendant du monde phénoménal soumis au samsara, etc.) Certains systèmes teintés d’alchimie (siddha yoga, hatha yoga) proposent plutôt de renforcer les pouvoirs de l’individu et de le rendre immortel. Mentionnons encore le principe d’adhikara, selon lequel l’enseignement donné diffère pour chaque personne, étant adapté par le maître aux qualifications socio-religieuses et intellectuelles de l’élève.

Trois groupes de divinités sont vénérées.

  • les divinités shivaïtes (Shiva, sa parèdre Parvati qui porte différents noms selon les régions, ses fils Ganesha et Murugan),
  • les divinités vishnouïtes (Vishnou et sa parèdre Lakshmi, les avatars* de Vishnou et de sa parèdre comme Krishna et Radha, Rama et Sita),
  • la Shakti, force créatrice, principe féminin, vénéré sous ses différentes formes, en particulier Durga et Kali.

A chaque groupe de divinités se rattachent des mythes et des traditions rituelles diverses, variant grandement d’une région à l’autre de l’Inde. Les fidèles célèbrent différents rituels : les samskara (rites liés au cycle de vie), les puja domestiques, les puja aux temples (rituels de dévotion aux divinités d’élection) et les fêtes ponctuant l’année. L’hindouisme comprend des traditions brahmaniques et non-brahmaniques. L’hindouisme brahmanique accordent la primauté de l’autorité religieuse au Veda et aux brahmanes alors que les traditions non-brahmaniques ne reconnaissent ni la primauté du Veda, ni le varnashramadharma.

 Indications bibliographiques :

FLOOD Gavin, the Blackwell companion to Hinduism, Blackwell Publishing, 2005 (1ère éd. 2003).

FLOOD Gavin, an introduction to Hinduism, Cambridge University Press, 1999 (1ère éd. 1996).

JOHNSON, W. J., Oxford Dictionary of Hinduism, Oxford University, 2009.

KLOSTERMAIER Klaus, hinduism, a short introduction, Oneworld Publications, 2055 (1ère éd. 1998).

KLOSTERMAIER Klaus, hinduism, a short history, Oneworld Publications, 2003.

LORENZEN, David N., Who Invented Hinduism? Essays on Religion in History, Yoda Press, 2006.

MICHAELS, Axel, hinduism, past and present, Princeton University Press, 2003,

MITTAL, Sushil, The hindu world, Routledge, 2004.

POZZA, Nicola, Raja-Yoga : Histoire et tradition. Vol 7 : Glossaire de culture indienne. Infolio, 2007.

TARDAN-MASQUELIER, Isé, Un milliard d’hindous, histoire, croyances, pratiques, Albin Michel, 2007.

VARENNE, Jean, Dictionnaire de l’hindouisme, Edition du Rocher, 2002.


 

[1] Selon certains auteurs, c’est la rencontre avec les musulmans entre le 13e et le 16e siècle qui a conduit les hindous à acquérir une conscience plus aiguë de leur identité propre (Cf. Lorenzen, David N., Who Invented Hinduism? Essays on Religion in History, New Delhi, Yoda Press, 2006). Mais parler de l’hindouisme comme de « la religion indienne » n’a pas beaucoup plus de sens que de s’intéresser à « la religion européenne ».