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Histoire à Genève

 

Genève compte une petite communauté adventiste dès la fin du 19e siècle qu’Ellen White, figure importante des débuts du mouvement, visite en 1885. Considérée par les adventistes comme une prophétesse, elle est venue saluer le pasteur de ce petit groupe qui organise des cultes à son domicile. En 1891, un rapport de la Société missionnaire adventiste de l’Europe Centrale mentionne l’existence à Genève d’un groupe de sept personnes. Cette communauté se constitue en Eglise en 1894 et se réunit au 10, rue du Grand-Mézel, en vieille ville. Le journal adventiste francophone de l’époque, Le Messager, fait état en 1898 d’un « groupe espér(ant) qu’on lui enverra des ouvriers pour poursuivre l’œuvre commencée, car il y a ici des âmes sincères qui répondront au message du troisième ange quand l’invitation leur sera faite de sortir de la confusion pour suivre les solennelles vérités qui caractériseront le résidu du peuple de Dieu. ». En 1901, selon la revue, l’Eglise est reconstituée après avoir été dissoute cinq ans auparavant et elle organise en 1902 un cours biblique et un « camp-meeting ». C’est le début d’un travail d’évangélisation dans la cité et de l’agrandissement de la communauté qui conduit en 1914 à la construction d’une première chapelle au boulevard de la Cluse.

Le nombre de fidèles adventistes à Genève augmentera tout au long du 20e siècle et leurs origines se diversifieront, entrainant la création de trois paroisses de langue étrangère dans les années 1980 : la paroisse hispanophone (créée en 1986) qui se réunit actuellement à la chapelle de l’Oratoire (rue Tabazan) propriété de l’Eglise évangélique libre, la paroisse lusophone (créée en 1989) qui se réunit à l’église protestante d’Aïre, au Lignon, et la paroisse anglophone (créée 1990) qui célèbre ses cultes à l’église épiscopalienne Emmanuel church, rue Monthoux.

 Sources :

Guido Delameillieure, responsable des Archives historiques de l’adventisme francophone, Campus adventiste du Salève. Informations tirées essentiellement des archives suivantes :

Ellen G. White en Suisse, éditée par l’Union Suisse des Eglises Adventistes, Zürich, en 1987.

Revue adventiste francophone, Les signes des temps, numéros de décembre 1879, mai 1885, mars 1890, mai 1894, décembre 1894.

Revue adventiste francophone, Le Messager, numéros de janvier 1898, juin 1901, août 1901, février 1902, mars 1902, juillet 1902, août 1902, septembre, 1902, novembre 1902, octobre 1903, février 1905, juin 1905.

 

Lieu de culte

 

Le temple de la paroisse de la Cluse se situe dans le quartier de Plainpalais, près des Hôpitaux universitaires de Genève. Il a été construit dans les années 1960 à la place d’une ancienne chapelle qui appartenait à l’Eglise. Le bâtiment actuel se présente sous la forme de deux cubes de béton rythmés en façade par de grandes verticales et un décor de moucharabieh. La salle de culte occupe le rez-de-chaussée du bâtiment et comporte une galerie. L’espace au sous-sol est constitué de salles accueillant des activités pour les jeunes et d’une grande pièce où sont organisés les repas et manifestations de la communauté.

L’Eglise adventiste loue ses locaux à l’Eglise coréenne de Genève deux fois par semaine.

 

Activités

 

La paroisse de la Cluse compte 285 membres (dont une soixantaine d’enfants)[1]. Les paroisses anglophone et hispanophone rassemblent quant à elles une centaine de personnes, la paroisse lusophone environ 180.

La vie de la communauté s’organise entre les cultes du samedi, les rencontres hebdomadaires de « partage de la Parole » et de prières, les activités de scoutisme pour les enfants et les repas mensuels en commun. L’instruction religieuse aux enfants est donnée le samedi avant le culte, un moment que les adventistes appellent « l’école du sabbat ». Au même moment, les adultes étudient aussi la Bible en petits groupes.

Un grand nombre de groupes font par ailleurs vivre l’Eglise en dehors de ces rendez-vous réguliers : un groupe engagé au sein de l’ « Agence adventiste d’aide et de développement » (ADRA) a pour but de proposer et réaliser des actions d’aide à l’extérieur de l’Eglise ; un groupe d’anciens et de diacres collaborent avec le pasteur à la bonne marche de l’Eglise, à la mise en place et au suivi des activités pastorales et non pastorales ; un groupe se charge de la communication de l’Eglise, d’autres des activités et enseignements pour les jeunes ; un autre encore réunit les femmes de la communautés.

Selon la Fédération des Eglises adventistes du septième jour de Suisse romande et du Tessin, la Suisse romande compte 1900 fidèles répartis dans 20 Eglises.

[1] Chiffre communiqué par la paroisse.

 

L'Eglise adventiste du septième jour

 

L’Eglise adventiste, née aux Etats-Unis en 1861, trouve son origine dans la prophétie de William Miller, un prédicateur baptiste. Ce dernier déduisit de ses lectures bibliques que le retour de Jésus sur Terre allait se produire entre 1843 et 1844. Dès 1831, il partage ses conclusions et commence à rassembler un nombre grandissant de personnes, issues de diverses dénominations protestantes. La non-réalisation de sa prédiction à la date annoncée l’oblige à revoir ses théories. Tandis qu’une partie de ceux qui l’avaient suivi abandonnent le mouvement, d’autres restent fidèles à son message et à l’espoir qu’il porte. Ils forment des groupes de prières et d’étude biblique fédérés, après la mort de Miller en 1849, par des prédicateurs itinérants. Ces groupes donnent naissance à différentes Eglises dont l’Eglise adventiste du septième jour en 1861. Le mot adventiste fait référence à l’attente de l’avènement (adventus en latin) du Christ sur terre ; le septième jour met l’accent sur leur respect du commandement biblique exigeant le repos et le culte rendu à Dieu le septième jour de la semaine (le shabbat en hébreu, le sabbat dans le vocabulaire adventiste, soit le samedi). Une figure en particulier marquera le mouvement : Ellen White (1827-1915). Considérée par les adventistes comme une prophétesse, celle-ci écrivit de nombreux ouvrages où elle consigna ses visions et contribua à la définition de la théologie de l’Eglise. C’est en Suisse, à Tramelan (BE), en 1866, que la première communauté européenne est créée, suivie par l’ouverture d’une imprimerie à Bâle permettant de diffuser les idées adventistes dans toute l’Europe. En 1904, l’Eglise adventiste acquiert la clinique de la Lignière, à Gland (VD) près de Genève, spécialisée dans la rééducation cardio-vasculaire.

 

La religiosité adventiste

 

Les adventistes se réclament de la tradition protestante et se reconnaissent dans la mouvance évangélique. Comme beaucoup de chrétiens, ils croient au retour de Jésus sur terre pour une période de mille ans précédant le jugement dernier (millénarisme). Ils se distinguent cependant par l’importance accordée à cette croyance dans leur foi. Sans citer de date, les adventistes pensent que le retour de Jésus est proche.

L’Eglise adventiste se caractérise par la pratique du baptême par immersion à l’âge adulte (il n’y a pas de règles fixes pour l’âge, certains pasteurs attendent la fin de l’adolescence, d’autres baptisent dès 12 ans). Il ont la particularité de célébrer leur culte le samedi, « jour du sabbat ». La célébration de la cène a lieu quatre fois par an environ, elle est précédée par une cérémonie du lavement des pieds inspirée du récit biblique relatant que Jésus a lavé les pieds de ses disciples lors de la première cène. Concrètement les fidèles se lavent mutuellement les pieds.

Les adventistes observent des règles d’hygiène particulières : le corps étant considéré comme « le temple de l’Esprit », ils ont un message de santé global qui incite à en prendre soin. La prise de drogue, d’alcool et de tabac sont proscrites (interdiction assez stricte, même si dans la pratique, la vie sociale amène parfois certaines personnes à faire une exception en ce qui concerne l’alcool). Beaucoup pratiquent les interdits du Lévitique 11, ce qui les conduit entre autres, à ne pas manger de porc. Plus généralement ce livre de la Bible incite à ne manger, parmi les animaux terrestres, que ceux qui ont le pied doté d’un sabot fendu et qui ruminent (ceux qui ne cumulent pas ces caractéristiques sont considérés comme impurs). Parmi les animaux aquatiques, seuls ceux qui ont des nageoires et des écailles peuvent être consommés. Dans les premiers temps de l’Eglise, le végétarisme était de rigueur. Par souci éthique, dans la préparation au retour de Jésus, il paraissait bon de ne plus tuer d’animaux. Le régime végétarien est toujours pratiqué par certains. D’une manière générale, les rites alimentaires demeurent importants dans les familles adventistes.

 Indications bibliographiques :

Sources académiques :

BALMER, Randall, Encyclopedia of evangelicalism, Baylor University Press, 2004.

DESPLAN, Fabrice, DERICQUEBOURG Régis (dir), Ces protestants que l’on dit adventistes, L’Harmattan, 2008.

LERAT, Christian, RIGAL-CELLARD, Bernadette (dir.), « the Global Mission of The Seventh-Day Adventist church », in : Les mutations transatlantiques des religions, Presses Universitaires de Bordeaux, 2000.

LIVINGSTONE, E. A. (ed.), The Concise Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, 2006 (version online 2013).

MCDERMOTT, Gerald R. (ed.), The Oxford handbook of evangelical theology, Oxford University Press, 2010.

PATTE, Daniel (éd.), The Cambridge dictionary of Christianity, Cambridge University Press, 2010.

STOLZ, Jörg, FAVRE, Olivier, GACHET, Caroline, BUCHARD, Emmanuelle, Le phénomène évangélique, analyse d’un milieu compétitif, Labor et Fides, 2013.

Sources adventistes :

LEHMANN, Richard, Les adventistes du septième jour, Brepols, 1987.