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Histoire à Genève

 

En Suisse, les premiers baha’is sont des convertis, acquis au message de Bahā’u’llāh dès 1903. Parmi eux, un Vaudois, le Professeur Auguste Forel (1848-1931), entomologiste et psychiatre dont le visage est gravé sur les billets de 1000 francs suisses, actuellement en circulation.

En 1925, Genève voit la création d’un Bureau International Baha’i au quai Wilson, au bord du Lac Léman. Ce bureau a pour mission d’être un relai d’information entre le chef spirituel de l’époque, Shogi Effendi, établi à Haïfa, et les communautés baha’ies qui se développent alors dans le monde (Perse, Egypte, Amérique du Nord, Europe, Inde, Birmanie). Ce n’est qu’en 1948 qu’un groupe religieux baha’i organisé, dans le jargon du mouvement on parle d’«  assemblée spirituelle locale », se forme à Genève. Parallèlement, d’autres communautés baha’ies voient le jour en Suisse à la même époque. Un groupe est créé à Lausanne en 1928, puis à Berne en 1948, à Zurich et Wolfhalden (AR), en 1950.

Dans les années 1950, à la mort de Shoghi Effendi, le Bureau International baha’i est fermé, une partie de ses responsabilités pouvant être assumée par le nombre grandissant d’assemblées nationales. Il est remplacé par le Baha’i International Community (BIC) avec l’objectif de représenter les baha’is du monde auprès des Nations Unies. L’organisme obtient le statut d’ONG en 1948, puis en 1970, le statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF).

Sources :

Le Centenaire de la foi baha’ie en Suisse : un siècle d’unité dans la diversité, Rapport annuel 2002-2003, Assemblée spirituelle nationale des baha’is de Suisse.

 

 

Lieu de culte

 

Les baha’is de Genève se réunissent depuis 1963 dans un studio offert par un membre de la communauté et situé route de Malagnou, en bordure du quartier résidentiel de Champel.  L’espace de rencontre est composé d’une pièce principale d’environ 50m2, d’une cuisine et d’un petit réduit qui sert de bibliothèque. Dans la pièce principale, les murs sont ornés d’images qui rappellent la vocation du lieu : un portrait Abdu’l-Bahā (fils de Bahā’ullāh), une photo du temple baha’i de New Dehli, le mausolée du Bâb à Haïfa, Israël.

 

Activités

 

La Communauté baha’ie de Genève compte environ 120 personnes[1], d’origine iranienne et suisse. Elles se réunissent tous les 19 jours, comme il est coutume de le faire dans les communautés baha’ies, pour célébrer le premier jour du mois du calendrier baha’i. Ces réunions comportent une partie religieuse, animée par des lectures de textes du fondateur ou d’autres religions et une partie administrative, dédiée à la gestion du groupe. Elles se terminent par le partage d’un repas. En outre, les membres organisent régulièrement chez eux des « moments de sérénité », des réunions dont le but est d’offrir aux gens du quartier, qu’ils soient baha’is ou non, des moments de prière, de méditation et de discussion. Un enseignement religieux est régulièrement donné aux enfants et adolescents. Des « cercles d’études », ouverts à tous (baha’is et non baha’is) sont également organisés pour soutenir les adultes dans leur vie spirituelle et sociale.

La communauté baha’ie de Suisse a son siège à Berne depuis 1962. Elle est dirigée par une « assemblée spirituelle nationale » composée de 9 personnes (comme le sont toutes les assemblées baha’ies).

 

[1] Chiffre communiqué par la communauté.

 

La religion baha'ie

 

Le baha’isme plonge ses racines dans le contexte religieux chiite de l’Iran du 19e siècle. Pour les baha’is, l’histoire de leur religion commence en 1844 lorsque Sayyid ‘Ali Muhammad (1819-1850), surnommé le Bāb (la « porte » en arabe, sous-entendu vers le messie à venir), annonce la venue imminente d’un messager de Dieu.

Sayyid ‘Ali Muhammad, le Bâb, est historiquement connu comme le créateur d’un mouvement réformiste musulman souvent appelé le babisme. Il annonça l’avènement de l’imam caché, le Mahdi, qui dans la croyance des chiites doit venir à la fin des temps instaurer la justice divine et écraser les forces du mal, avant que n’ait lieu le jugement dernier. Le Bāb proclama ensuite être lui-même cet imam et tenta de promulguer une nouvelle loi religieuse remplaçant la loi islamique traditionnelle. Il rencontra un certain succès auprès des milieux aisés mais s’attira aussi les foudres des gardiens de l’orthodoxie musulmane. Sa prédication conduisit à des affrontements armés entre les babis et leurs opposants, puis à des persécutions et des exécutions de masse. Le Bāb fut fusillé en 1850 et le mouvement se disloqua peu à peu.

C’est Mîrzâ Ḥusayn ‘Alî Nûrî (1817-1892), mieux connu sous le nom de Bahā’u’llāh,  qui raviva le mouvement. Il avait embrassé la foi babie en 1844 et était le demi-frère de celui qui succéda au Bāb après sa mort. Comme d’autres figures du mouvement, Mîrzâ Ḥusayn ‘Alî Nûrî fut emprisonné en 1852 puis contraint à l’exil à Bagdad. Cette période fit naître chez lui une vocation mystique qui le conduisit à s’isoler deux ans dans les montagnes du Kurdistan. A son retour en 1856, il s’affirma comme un personnage central de la communauté bābīe en exil, faisant autorité tant du point de vue religieux que politique. Il fédéra à nouveau le mouvement en entretenant notamment une correspondance avec les coreligionnaires restés en Iran. Certains bābīs devinrent ses disciples. Craignant le renforcement du babisme, le gouvernement iranien chercha à éloigner Mîrzâ. En 1863, il fut alors conduit à Edirne, au Nord-Ouest de l’actuelle Turquie où une partie de ses fidèles le suivirent. Il s’y affirma clairement comme le messager divin annoncé par le Bāb, emportant l’adhésion de la majorité des bābīs. En 1868, sous l’impulsion de l’Empire ottoman, l’exil de celui que l’on appelait désormais Bahā’u’llāh (« gloire / splendeur de Dieu ») se poursuivit à ‘Akka (Acre, au Nord de l’actuel Israël) où il fut emprisonné. C’est là qu’il consolida la doctrine « bahā’īe » (c’est-à-dire de Bahâ’u’llâh)  et que la nouvelle religion s’organisa, profitant notamment d’un relâchement progressif des conditions d’incarcération.

Bahā’u’llāh consacra les 24 années suivantes à écrire et à dispenser des enseignements à ses fidèles. A sa mort en 1892, son fils ainé, ‘Abdu’l-Bahā (1844-1921), lui succéda à la tête de la communauté, comme indiqué dans son testament. Il ne se revendiqua pas prophète comme son père mais déclara être désormais son interprète et le guide des baha’is. Il favorisa le développement international du mouvement. En 1922, c’est le petit-fils de ‘Abdu’l-Bahâ, Shoghi Effendi qui reprit le flambeau jusqu’en 1957. Formé en Angleterre, il traduisit en anglais les écrits de Bahā’u’llāh, agrandit le centre de Haïfa et organisa la communauté internationale. Shogi Effendi n’a pas désigné de successeur. Depuis sa mort en 1957, le mouvement n’est plus dirigé par une seule personne mais par un collège de neuf  personnes, élues tous les 5 ans par les délégués des structures nationales du mouvement. On appelle cette structure la « Maison Universelle de Justice ».

 

 

La religiosité baha'ie

 

Le baha’isme se présente comme une religion révélée par Bahā’u’llāh et reposant sur trois principes : la croyance en un Dieu unique qui a créé l’univers et s’est révélé à l’humanité par une série de Messagers divins – Abraham, Jésus, Bouddha, etc. – dont chacun a fondé une religion, la croyance en l’unicité du phénomène religieux dans sa diversité et en l’unité du genre humain. Les baha’is pensent que l’âme est éternelle et qu’après la mort, elle poursuit son voyage spirituel vers Dieu, entamé de son vivant.

Ils mettent également l’accent sur une série de principes que l’on pourrait qualifier d’humanistes et qui sont à la base de leurs activités caritatives : la nécessité d’éliminer toutes formes de préjugés, l’égalité homme-femme, le partage des richesses, l’´éducation pour tous, le respect de l’environnement et l’engagement pour des technologies durables, l’union des peuples en une « confédération mondiale » fondée sur la paix, la justice et l’égalité sociales.

L’adhésion à la communauté baha’Ie se fait par choix personnel à partir de 15 ans, sur simple déclaration à l’assemblée locale. Deux rites ponctuent la vie du croyant : le mariage et l’enterrement, célébrés tous deux par la lecture de prières. Celles-ci constituent la principale pratique religieuse des baha’is qui la considèrent comme un vecteur de progrès spirituel. Elle doit s’accomplir individuellement chaque jour mais se pratique aussi de façon collective lors des fêtes ou dans les édifices religieux appelés « Maisons d’adoration ».

Une maison d’adoration doit comporter neuf côtés et un dôme central. Il en existe actuellement sept dans le monde : à Wilmette aux Etats-Unis, à New Delhi en Inde, à Francfort en Allemagne, à Kampala en Ouganda, à Sydney en Australie, à Panama et à Apia aux îles Samoa.

Les baha’is pratiquent un jeûne de 19 jours chaque année entre le 2 et le 20 mars, durant lequel ils s’abstiennent de nourriture et de boisson du lever au coucher du soleil. Ils sont invités à ne consommer ni alcool, ni drogues et à ne pas prendre part à des jeux de hasard.

Le « prosélytisme agressif » est interdit chez les baha’is. Ils propagent néanmoins leur foi en organisant des réunions publiques, en publiant des articles dans les médias et en participant à des conférences onusiennes. A cela s’ajoute l’activité de « pionniers » (missionnaires) dans les régions où la foi est peu ou pas représentée.

Les communautés baha’ies n’ont pas de clergé et constituent aux yeux des fidèles un modèle de fonctionnement pour la « confédération mondiale » ou le « nouvel ordre mondial » dont ils souhaitent la création. Les baha’is soulignent non seulement les valeurs « démocratiques » mais surtout « le principe de la consultation » sur lequel repose l’organisation de leur mouvement structuré en trois niveaux hiérarchiques, dotés, chacun d’une assemblée élue « sans propagande électorale ni candidature ».

 Indications bibliographiques :

AMANAT, Abbas, Resurrection and Renewal : The Making of the Babi Movement in Iran, 1844-1850, Cornell University Press, 1989.

MOMEN, Moojan, The Baha’i Faith : A Short Introduction, Oneworld, 1996.

MOMEN, Moojan, Baha’u’llah : A Short biography, Oneworld, 2006.

SMITH, Peter, An Introduction to the Baha’i Faith, Cambridge University Press, 2008.

SMITH, Peter, A Concise Encyclopedia of the Baha’i Faith, Oneworld, 2002 (1ère ed. 2000).

WARBURG, Margit, Baha’i: A Religious Approach to Globalization, Social Compass 1999 46: 47.

WARBURG, Margit, Citizens of the World : A History and Sociology of the Baha’is from a Globalization Perspective, Brill, 2006.